mercredi, juin 07, 2006

Mon homme... ou l'art de la solidarité scénaristique

J'ai une collègue amie.

Une camarade de tranchée si vous voulez. On ne se voit à peu près que pour parler boulot. Mais comme c'est un boulot qui habite à peu près toutes les cellules disponibles de nos corps, je crois que je peux affirmer sans me tromper que c'est une amie INTIME.

Nous nous sommes connues sur une série où le script éditeur était un fou mégalomane au talent inversement proportionnel à l'égo. Nous l'avions surnommé Pol Pot le Gourou. L'art de décimer ses troupes, il le possédait à merveille, et en une saison, il avait eu raison de tous ses auteurs, sauf deux. Elle. Et moi.

C'est comme avoir fait le Viet Nam ensemble. Ça créer des liens.

Nous naviguons dans des univers fondamentalement différents. Elle, c'est une spécialiste de l'humour noir sanglant à la Fargo, du spleen masculin et de la testostérone de haut niveau.

Moi, je cherche encore ma spécialité. Comme m'a dit un orienteur en secondaire trois: "je te vois dans rien, tu t'intéresses à trop de choses". À 14 ans, j'en avais sangloté une shot. Même pas majeure et déjà un échec.

Aujourd'hui, je suis payée pour écrire des personnages de tatas comme lui. Je n'abuse pas des personnages de tatas mais mettons que quand j'en ai besoin, la vengeance est douce au coeur de l'indienne.

Back to ma chum scénariste. Rien ne l'inspire plus qu'un capitaine de police quinquagénaire qui fume trop et qui trompe sa femme. Elle est dans une taverne comme un pirahna dans un bocal de poissons rouges, en extase. Écrire le grand mystère de la psychée masculine, c'est son dada, son talent, sa force.

Je l'appelle "mon homme".

Ce que nous devons justifier en public. "non, mon homme n'est pas ma blonde puisque mon homme est la blonde d'un autre homme".

Il y a deux semaines, j'étais coincée sur un début d'épisode. La montagne me semblait himalayenne et me coucher en boule en espérant que ça s'en aille me paraissait la solution idéale.

Ce n'était pas l'avis de mon producteur. Qui a la sensibilité d'un taureau chaque fois qu'on agite le drapeau rouge de la vulnérabilité devant son oeil torve.

Que faire?

J'ai appelé mon homme. Ici, suit une déchirante complainte existentielle sur le métier d'auteur que je résumerais par "pourquoooooua?"

C'est là qu'on voit si une amitié est solide. Mon homme m'a donné de la marde. Amicalement mais avec un certain enthousiasme.

Pourquoi?

"Parce que t'as signé et qu'il est trop tard. Parce que t'es payée pour. Parce que c'est ton métier et que tu sais rien faire d'autre (he ho, je sais faire l'osso bucco aussi mais ça paye pas l'hypothèque). Mets le meter, réfléchit pas, fonce. Je t'appelle à cinq heures, t'es mieux d'avoir fini pis la prochaine fois que je suis dans marde, crie moi des noms".

Garanti mon homme, garanti.

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