mardi, juin 27, 2006

Le but de Ronaldo

J'étais pleine de bonne volonté. J'avais commencé à six heures ce matin. Des séquences difficiles à rendre sexy, aride la matière. Rendre l'intelligence à portée de main, accessible sans l'amoindrir. Vulgariser sans populisme. Ça prend beaucoup de Valhrona et au minimum mes 9 heures de sommeil. Surtout quand le dead line, c'est hier. Plus c'est rush, plus faut se calmer.

J'y arrivais plutôt bien.

Et puis, le Maître a ouvert la télé et Ronaldo a défoncé le Ghana.

Pauvre Canada... Pardon, pauvre Ghana.

There goes my dead line. Fuck.

Je suis trop sensible aussi. Un rien me perturbe. Non mais entre une réunion des syndicats avec le conseil du patronat et le combat héroïque du Ghana (et ses culottes courtes), le sommet économique n'avait aucune chance.

Je ne sais pas pourquoi, c'est rare qu'on me propose des séries avec des gars en shorts. Si une fois. C'était bien parti là aussi. Un diffuseur content, deux z'auteurs contents, des producteurs contents. On va dire que c'était l'histoire d'un champion (très fictif) de concours de poches. Les z'auteurs s'informent sur la poche, vont sur le terrain, trippent, écrivent, rencontre des aspirants champions, des anciens champions, tout plein de champion de la poche canadienne. Comme c'est le cas souvent, un des champions devient "conseiller" des z'auteurs sur l'art de la poche. Again, tout le monde est content. Sauf la propriétaire du champion de poche qui capote parce que personne ne lui a demandé à elle de conseiller qui que ce soit.

Et puis quelqu'un s'ouvre la trappe. Et en parle à la mauvaise personne. Qui se dit "quoi mais c'est un excellent sujet ça, la poche, c'est un hit, c'est à moi". Ce qui fut dit fut fait. En avant la poche chez le diffuseur. "Dites donc, j'ai une série en tête, sur la poche. J'ai une idée de génie, je vais engager un commentateur de poche pour écrire la série, sous la supervision d'un "conseiller" qui conseillera le commentateur néophyte.

La mauvaise personne est un poids lourd. Un genre de Mike Tyson dans sa période Van Gogh épisode psychotique. Le diffuseur s'incline. Les producteurs s'inclinent (je les comprend, ils avaient autre chose en jeu). Les z'auteurs, qui en étaient à quatre épisodes, prennent une brosse et rient beaucoup. Comme des pilotes d'avion qui regardent un chauffeur de VTT se mettre au volant de leur Boeing. "Bonne chance, vieux, oublie pas de nous envoyer des cartes postales quand tu seras rendu"!

Si tu peux voir détruire l'oeuvre de ta vie et te mettre à reconstruire, tu seras un homme mon fils.

C'est torrieux que Kipling n'aie pas eu de filles. "Tu seras un homme ma fille", ça sonne bien, non? On s'entend, c'était pas l'oeuvre de nos vies. Juste six mois d'ouvrage. Que personne n'est mort. Qu'on n'a même pas déprimé vu que pendant l'ouvrage, au moins, on avait eu du fun au cube.

Pleurer? Ah non! Protester, gueuler, faire des griefs, aller en cour? Bof. C'est ben de l'ouvrage pour perdre.

On a fait mieux depuis anyway. Mais on a relu Mary Shelley. Personne n'est à l'abri des monstres qu'ils fabriquent.

La série? Le commentateur de poche cherche toujours le bon piton pour faire décoller le Boeing. On n'en a plus entendu parler. Pauvre gars (sans ironie je le jure, parole de blonde). Sa carrière de scénariste n'était pas commencée qu'elle était déjà finie.

Le Brésil a gagné. C'était une belle victoire. Mais le Ghana avait les plus beaux joueurs.

Rendez-vous à JoBurgh en 2010.

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