jeudi, juin 15, 2006

L'amour et le métier

Un jour, c'était mon anniversaire. Deux amies actrices m'ont emmenée voir Gena Rowlands qui donnait un genre de "master class" dans une petite salle d'un cinéma de la rue St-Laurent. C'était plein d'actrices, que des actrices. Des grandes timides, des belles incertaines de leur beauté, des jeunes qui se prennent pour des femmes fatales, des vieilles qui le sont, des actrices de sitcom à TVA, des "critic's darlings" qui réciteraient le menu de la Banquise que les critiques se pâmeraient, des actrices de théâtre underground stanislavskien de la rue Ontario, des actrices de théâtre à fanfreluches pour vieilles dames, des actrices de films, de feuilletons, de téléromans, des actrices qui ne jouent plus, d'autres qui sont partout. Des femmes de coeur, vibrantes à l'idée d'être là pour celle qui a su faire l'amour et le cinéma sans jamais être moins que l'égale de l'homme qu'elle aimait.

C'est l'ONU des actrices et déjà, je suis excitée comme un pou.

Un instant, je parle d'actrices, il est l'heure de boire du vin. Je reviens.

Voilà, c'est fait. Riesling. J'en profite pour vous dire que l'homme qui m'aime vient de me dire; "tu as de la chance que je sois ton chum". Il m'a changé de serveur internet, en une demi-journée. Les fils sont tout branchés, rien qui parait. Oui. J'ai de la chance. C'est dit.

Et puis, Gena entre. Blonde (yessss), un chemisier très bleu, un foulard de soie très rouge et la bouche, cette bouche incroyablement intelligente et mobile, fardée avec fierté. Je suis vieille et je m'en fout, je porte du rouge à lèvres ROUGE.

Déjà, elle m'avait sciée.

Et puis, elle a raconté. Sa jeunesse à New York. Sa première impression de Casavetes "I knew he was going to be trouble and he was". Leur vie, leurs enfants, leurs films. L'argent qu'il fallait aller chercher en tournant dans des navets parce que l'argent des navets financaient leurs films. Qu'ils tournaient chez eux, avec leurs amis, en disant aux enfants qui partaient pour l'école de faire attention aux lumières qui jonchaient leur salon.

À quelqu'un qui lui demandait si elle avait conscience qu'ils étaient en train de révolutionner le cinéma, elle a tout de suite arrêter la machine à fantasme; " On ne voulait pas du tout faire la révolution, on voulait faire des films avec de l'argent mais personne ne voulait nous en donner, alors on faisait des spaghettis à la sauce tomate pour tous nos amis, on buvait des martinis, on tournait et on faisait ce qu'on aimait".

J'ai revu "Opening night", ce plan de la jeune fan qui cours après la voiture et qui frappe sur la vitre, repris par Almodovar dans "tout sur ma mère". On a envie d'arrêter le film aux dix minutes, tellement c'est dense.

Mon verre est fini. Je pense à elle souvent.

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