mercredi, juillet 19, 2006

Gestapo

Quoi, vous pensiez que j'allais vous raconter mon aventure torride avec un humoriste gabonais pendant que j'essayais d'organiser une projection en plein air dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila?

Plus tard. En attendant, une chronique Belle Fille.

***
Aux premiers temps de mes amours avec le Père de Belle Fille, j'allais d'étonnement en étonnement. La différence culturelle, ce n'est pas que la langue, c'est aussi l'éducation et les valeurs. Je viens d'écrire un gros mot, je sais, j'assume.

J'ai été Belle Mère plusieurs fois avant. La première fois, j'avais 18 ans, lui, 6. Il était le Petit Prince, j'étais son aviateur, on s'aimait comme des fous. La deuxième fois, j'en avais 23, eux 15 et 18. Au même âge, on joue ensemble. Ce qu'on a fait dans toute la turbulence de nos adolescences respectives. J'ai ensuite été la deuxième mère du meilleur ami de mon fils, voir chronique précédente. Il était l'Obélix de mon Astérix, il vient encore régulièrement jouer sur mon piano et me raconter ses histoires de filles. Je l'adore.

Que de bonnes expériences. Les vraies mères étaient dans le décors, c'était cordial, respectueux. Pas mes meilleures amies mais il allait de soi que le bien des tous ces marmots passait avant nos différences. Mon fils a aussi eu une Belle Mère. Elle a changé la vie de mon fils en changeant son rapport avec son père. Pour l'infiniment mieux . Je lui en suis extrêmement reconnaissante. Merci Pauline.

Et puis, j'ai rencontré le Papa de Belle Fille et l'histoire qui vient avec. Résumons. Si Belle Fille était la mienne, ça ne se passerait pas comme ça. Ce n'est pas la mienne. Alors je me venge, j'écris!

Belle Fille a l'air un d'un ange. Cheveux de blé, immense regard azur, corps longiligne et athlétique, teint de pêche. Une beauté. Elle aurait sa place dans la famille de mon père où tout le monde est construit sur le même modèle, sang irlandais oblige. Quand on se réunit et que les enfants sont tous ensemble, on dirait un rassemblement des jeunesses hitlériennes. Mais non, je ne le dis pas à haute voix, mais non.

Quand nous essayons de rejoindre Belle Fille chez sa mère, celle qui est partie à l'autre bout du pays en "oubliant" de prévenir, c'est le répondeur. Les messages ne sont pas retournés. Les cartes et autres paquets cadeaux sont égarées par le facteur. Les valises arrivent à Montréal remplies de vieux vêtements sales qui ne font plus. Elles repartent pleines de nouveaux vêtements qu'on revoit une fois sur deux. Belle Fille change d'école en milieu d'année sans qu'on soit prévenus. Elle change aussi d'adresse sans qu'on soit prévenus. Quand Belle Fille prend son avion à Victoria, elle a des papiers d'identité à présenter au comptoir d'embarquement. Quand elle embarque dans l'avion, les papiers se sont mystérieusement volatilisés. Et qui c'est qui se tape la galère à l'embarquement du retour? Eh oui. Et pas de carte d'assurance maladie, bien évidemment. Quand on la demande à la mère, au cas, elle répond, sans l'ombre d'un cillement, que bien sûr, elle l'a envoyée. La carte n'est pas dans la valise?!

Elle me prend vraiment pour une blonde. Je n'ai pas de problème à ce qu'on me prenne pour une imbécile, j'ai une certaine habitude de la chose. C'est le mensonge éhonté qui me tue. Celui en pleine face, avec le gentil sourire et la voix rassurante. Le même utilisé par les dentistes au moment de vous piquer dans le palais.

Au début de ce mauvais épisode de soap, j'ai cru à une farce. Voyons donc, impossible, je suis scénariste et je n'oserais pas écrire ça, c'est un movie of the week et Laura Ingalls joue mon rôle. Je veux changer de poste. Vite.

Après quelques années de fréquentations, je peux vous certifier qu'il y a des sectes qui recrutent des enfants. Raël sort de ce corps. Je peux aussi vous dire que le syndrôme de Stockholm, cet attachement de l'otage pour son geolier, existe aussi chez les enfants.

Quand par miracle (vive étoile 67) nous parlons à Belle Fille chez sa mère, nous sommes sur écoute. Il y a une respiration qui n'est pas celle de Belle Fille. Celle-ci répond par monosyllabes. "Hun, hun, ouais, chais pas". La conversation, interminable de "hun hun" dure cinq minutes. Max.

Quand Maman téléphone, quelques fois à six heures du matin, Belle Fille s'enferme dans sa chambre pendant deux heures pour parler avec sa mère. À voix basse.

Je l'avoue franchement. Il m'arrive de pogner les nerfs.

Une fois, n'en pouvant plus, j'ai décroché l'autre téléphone. Je suis tombée sur une conversation digne des meilleurs romans d'espionnage de la guerre froide.

MOM
What color her hair?

BELLE-FILLE
Fair.

MOM
You mean blond?

BELLE-FILLE
Yes.

MOM
Is it like, really blond of bottled blond?

BELLE-FILLE
I'm not sure.

MOM
You can tell by looking at her brows and lashes. What colour are they?

BELLE-FILLE
Fair. Like, she's got really long eyelashes but she's gotta put alot of black mascara, otherwise we can't see them because they're almost white.

MOM
So she wears alot of make up.

BELLE-FILLE
Just mascara. And lipstick when we go out to a restaurant or something.

MOM
Is she fat?

***


C'est là que je raccroche, avec la subtilité d'un travailleur de la construction qui dépose un deux par quatre à la fin de sa journée de travail.

ME
And no, I'm not fat goddamnit!

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