mardi, juillet 11, 2006

Vérités

La vérité c'est une boule miroir doublée d'une poupée russe. Une multitude de vérités dans lesquelles se cachent d'autres vérités.

Il y a les histoires inventées plus près de la réalité que milles documentaires. Il y a des histoires basées sur la "vraie vie" qui mentent comme des arracheurs de dents. Il y a des vérités qu'il faudrait crier et qu'on cache toute notre vie. Il y a des vies entières basées sur la dissimulation de la vérité. Il y a la vérité de certains moments qui ne correspondent en rien au reste et qui, pourtant, sont plus vraies que tout.

Il y a la vérité de celui qui raconte et celle de celui dont il est question. Ces deux-là ne seront jamais d'accord.

Tout est sujet à interprétation. Ceux qui en doutent n'ont qu'à demander aux membres d'une même famille de raconter l'histoire de la famille. Il y aura autant de versions que d'individus.

La vérité, c'est la mémoire réinventée.

Et écrire la vie de quelqu'un qui a existé un exercice de haute voltige. Surtout s'il y a des survivants. Surtout si une femme qui a aimé vous plante ses grands yeux noirs dans le fond de l'âme. Quelques fois, le jugement d'une seule personne vous importe plus que celui de millions d'autres.

Si les faits restent irréfutables, leur interprétation est aussi vaste qu'un horizon de bord de mer. Infini.

Et puis, il y a les témoins. Aussi sincères soient-ils dans leur bonne volonté, on ne peut présumer ni de l'infaillibilité de leur mémoire, ni de la prédominance de l'égo, encore moins de leur désir tout à fait humain de bien paraitre sur un écran. Ce n'est certainement pas parce qu'ils collaborent qu'ils disent vrai. Même s'ils en sont convaincus.

Dans toute histoire, il y a l'Officielle et il y a les milles autres histoires non officielles qui ne seront jamais racontées. Faire la part des choses est impossible. Rester objectif est non seulement impossible, c'est réducteur.

C'est pourquoi toute oeuvre biographique reste une fiction, un éditorial écrit par l'auteur sur la vie de celui ou celle qui est devenue son personnage.

Il y a un film sur Cole Porter, avec Kevin Kline. Dans le film, un metteur en scène monte une comédie musicale sur la vie de Porter. Porter assiste aux répétitions et s'objecte à une scène, qui, selon lui, ne dit pas la vérité. Ça ne s'est pas "vraiment passé comme ça dans la vraie vie". Le metteur en scène refuse le changement demandé par Porter. Celui-ci se choque.

COLE PORTER
I's my life.

METTEUR EN SCÈNE
It's my show.


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