mardi, juillet 11, 2006

Vérité et pardon


C'est le thème de la semaine. Après les variations Goldberg, les variations vérités.

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Mandela est un rusé. Un malin. Oui, oui, les grands éloges aussi. Mais c'est surtout un homme intelligent. Pensez donc. Trois décennies en prison, l'apartheid, l'horreur et le premier truc qu'il fait en sortant c'est de traverser les lignes ennemies et leur dire "parlons nous".

Pas de pardon sans vérité.

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Le Québec des années 70.

Un village. Un divorce. Un beau-père. Ce genre-là. Qui taponne. Qui lève des chandails pour flatter des seins naissants. Qui prend sa douche avec des petites filles et les lave trop longtemps et presse son corps d'homme mûr sur un corps de gamine. Qui fait une carrière formidable sur un sujet formidable, l'enfance... C'est un pauvre type.

La mère par contre... Intelligente, qui gagne sa vie. Pas de raison d'endurer. Et pourtant. Elle le regarde obliger sa fille à déboutonner sa chemise. Elle dit "c'est des farces" en riant trop fort. Elle le laisse régner sur la maison comme le dictateur qu'il est. Et quand ça devient trop lourd, elle regarde ailleurs.

Trente ans plus tard, elle regarde toujours ailleurs. La fille ne pense plus au beau-père mais elle pense toujours à sa mère et à son regard qui se détourne.

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Kigali mai 2006

La femme au collier quitte son village de l'Estrie et retourne dans son village natal au Rwanda. C'est une Tutsi. En 1994, elle attendu pendant des mois des nouvelles de sa famille, n'a eu la confirmation de leur mort que beaucoup plus tard. Elle ne connait pas les circonstances de leur mort, ni où ils sont enterrés. Elle ne sait même pas s'ils ont été enterrés.

Elle s'est rendue dans un gachacha, un tribunal populaire. Douze ans plus tard, elle était prête. Sous un arbre bucolique, elle témoigne: "je sais que ma famille a été exterminée, si quelqu'un sait quelque chose, j'aimerais l'entendre".

Un homme se lève. Il sait. C'est lui qui a tué le père et un neveu. Un gamin de cinq ans qui s'était réfugié dans un arbre une journée de tuerie. Qui a dû voir, entendre, sa mère, ses frères et son père se faire tuer. Qui n'est redescendu de son arbre qu'à la nuit tombée, se croyant en sécurité dans les ténèbres. Il ne l'était pas.

L'homme raconte tout ça. Le jour, le temps qu'il faisait, la bière qu'il a bue après sa journée de travail. Il montre à la femme au collier l'endroit où il a achevé son père. Il lui dit que le père s'est défendu avec courage. Il fait avec la femme au collier le pellerinage de la journée qui a fait d'elle une orpheline.

À la fin de la journée, la femme au collier lui serre la main et prononce un seul mot: "merci".

Elle est rentrée au Québec illuminée, en paix.

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L'une a pardonné, l'autre pas.

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