lundi, juin 12, 2006

LE MONDE DU BAS DES MARCHES... la genèse

Rendons à César ce qui appartient à César et à Cherze ce qui appartient à Cherze.

Été 2002. Il fait chaud à crever. Mon ami Cherze habite chez moi. C'est mon ami d'enfance. Nos mères étaient elles-mêmes amies d'enfance, on a suivi le moule, sauf que c'est un gars et moi une fille. Il est chou mon Cherze. Un peu bêta avec les filles mais il a cinq frères et pas de soeur. Ça explique. Quand j'avais cinq ans et lui douze, il s'est mis la tête dans la tarte aux bleuets pour me faire rire un jour de grande peine (elle était enfantine, nécessairement grande). C'est dire à quel point il n'est pas avare de sa personne.

Il a épousé une étrange fille et vit dans un pays lointain avec elle et leurs enfants mais quand il vient travailler à Montréal, il habite chez moi. J'ai une grande maison et plein d'amis qui vivent à l'étranger et qui débarquent on sait jamais quand.

Mon ami Cherze est un acteur. Ce détail a son importance.

Donc, c'est l'été 2002. Mon mari vient de me quitter. Sa femme ne l'aime plus depuis des années mais refuse de le quitter, pour le faire chier. On va mal. On va très très mal. Le genre en pyjama toute la journée, pas rasé (pour lui), pas de mascara (pour moi). Ou est-ce le contraire? En tout cas, on fait pitié. On erre. Sans but. Ô pléonasme quand tu nous tiens! On boit trop. On fume des pétards. On fait des concours de qui fait le plus dur.

- il a couché avec une étudiante.

- une à lui ou une à toi?

- à moi.

- Avec les enfants, on lui a fait un souper pour son anniversaire. On l'a attendue. Elle est pas venue.

- Elle était où?

- Avec son amant.

- Ah ouais. Tu me bat, là.

La grosse vie sale, je vous dis.

Et en plus, il fait une canicule qui ne nous aide aucunement à nous secouer. De temps en temps, on bosse. Mais vraiment obligés, il faut gagner notre vie. Sauf que gagner ta vie quand on a le coeur dans la marde, on ne voit pas bien l'intérêt... Ah, ils vont venir me saisir, tu crois? Bof.

-Penses-tu qu'il reviendrais si j 'étais dans le besoin?

- la vérité?

- non, laisse faire.

- penses-tu qu'elle m'aimerait plus si j'étais riche?

- la vérité?

- boh. Laisse tomber.

La joie.

Il apprend des textes que j'écris, pour une série sur laquelle on est tous les deux. C'est la seule chose qui nous fait, un peu, rire. Parce que la vedette est chiantissime, le producteur un plouc avec une mauvaise teinture L'Oréal (parce que je le mérite bien) et les technos sur le bord de la mutinerie.

Un jour de spleen particulièrement intense, on fume notre 7ème pétard en buvant notre 28ème tasse de thé sur le minuscule balcon qui surplombe le monde du bas des marches. Un gros matou noir à grosses couilles cherche le trouble en bas.

- T'as vu? Il y a un nouveau qui rôde. (il prend la voix de Garfield) Je me taperais bien une minette moi, j'ai les couilles bien pleines.

- Couilles pleines a essayé de rentrer dans la maison l'autre soir. Candy lui a fait sa fête.

- Ah BON? Ils ont (geste très explicite à l'appui) ?

- You wish. Elle est opérée. Elle a dû lui massacrer la face. Regarde, il est tout scraché.

- Justement, c'est pas elle qui s'en vient là bas avec du sang partout?

- Qu'est-ce qu'elle a dans la gueule? On dirait, on dirait...

- Eurrrk! Un oiseau!

- C'est pas un oiseau, c'est un ostie d'écureuil!

- Attend, elle va pas venir me le porter quand même!

- Si si, c'est un cadeau!

- Candy, non!

Le monde du bas des marches venait de naître.

Ça nous a fait tout l'été. Des heures de plaisir, les yeux dans le vague (ok, embrumé par passablement d'alcool, mais du bon). Cherze prenait sa plus belle voix "discovery channel" et me faisait le boniment; "à l'heure où les grands fauves vont boire, les petits restent seuls, ignorant tout du danger qui les guette".

Voilà pourquoi j'ai une affection particulière pour ce soap qui bat tous les Loft de la terre.

Parce que c'en est un né d'une double peine d'amour et d'une profonde amitié.

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